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Comprendre la reconstruction de l'îlot Laguiche, à Mâcon | Haus Architectes
La reconstruction de l'îlot Laguiche à Mâcon est un vaste programme de redynamisation urbaine du centre ville. Le projet prévoit la construction d'une quinzaine de logements et d'environ 1 600 m2 de locaux commerciaux, en deux bâtiments, créant ainsi une nouvelle rue. Cette nouvelle voie piétonne relira à terme le passage des Amphores et la place aux Herbes.
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Comprendre la reconstruction de l’îlot Laguiche, à Mâcon

LE CONTEXTE DU PROJET

Le cœur de ville de Mâcon est une victime immédiate du développement important des zones d’activités décentralisées (Mâcon sud, Varennes-lès-Mâcon ou Crêches-sur-Saône, et Mâcon Nord). Cette perte de vitesse est accentuée par les contraintes imposées aux implantations commerciales de grande échelle qu’impliquent une localisation en centre-ville (problématiques de stationnement, de livraison, d’accessibilité, de surface, etc.) et par une offre immobilière qui peine à se renouveler.

Cette situation ne doit cependant pas occulter que la municipalité a, depuis de nombreuses années déjà, conscience que le centre-ville si contraignant pour le monde de la consommation de masse, recèle le potentiel extraordinaire d’apporter au consommateur une expérience bien plus riche que ne pourrait lui offrir un achat par internet ou une sortie en zone d’activités. Avec ses rues étroites, son bâti ancien, sa densité, sa lumière filtrée, ses places bucoliques et sa Saône romantique, le cœur de ville crée la surprise et est par essence attrayant.

Ensuite, l’attractivité d’un centre-ville ne se mesure pas à la diversité de son offre de logements. La ville de Mâcon souffre à la fois de la vacance d’un grand nombre de logements basiques et d’un déficit de logements haut de gamme. Alors qu’un segment est saturé, l’autre a des difficultés pour trouver sa place. Là encore, la municipalité prend des mesures concrètes pour permettre une régénération du parc immobilier et ainsi lui offrir plus de mixité.

La cohésion d’un centre-ville est donnée par la vie qu’elle abrite. Cette vie, à Mâcon, se déroule certainement en grande partie sur ses quais. Un lieu où il est autorisé de ne rien faire, de déambuler, de s’arrêter, de profiter de la vue ou d’une manifestation culturelle. Au même titre que nous avons reconquis la Saône, les artères anciennes sont en cours de revitalisation. Un chapelet de places dessine le centre ancien de Mâcon : la place Gérard Genevès, la place Carnot, la place Saint Pierre, la place Poissonnière, la place aux Herbes ou encore la place de la Préfecture. Une fois au nord, une autre au sud de la rue Carnot / Dombey / Franche, elles ponctuent l’itinéraire piéton et ont chacune leurs spécificités. Quand la place Poisonnière ouvre une vue sur la Saône et est baignée de lumière en fin de matinée, la place aux Herbes est toute choisie pour un rendez-vous en terrasse. Quand l’on est garé place Carnot, il est aisé de rejoindre la place Saint Pierre et ses halles gastronomiques. D’un point de vue des zones de chalandise, la place aux Herbes est un point de convergence. À la fois le long de l’axe nord sud précédemment évoqué et également en donnant accès à la place de la Barre par la rue Philibert Laguiche. Elle concentre beaucoup de paramètres qui lui donnent une grande richesse urbaine (déclivité, front de place constitué de bâtis anciens remarquables, forme triangulaire, ensoleillement équilibré, etc.).

C’est dans ce contexte que la ville de Mâcon a fait l’acquisition des bâtiments de l’ancien Grand Bazar, au nord de la place aux Herbes. Le site, traversant, communique avec la rue Philibert Laguiche, plus haute d’environ 1,80 m. Le programme prévoit l’implantation d’une galerie commerciale, pourquoi pas traversante, pour permettre de faire déboucher les rues Saint Vincent et Rochette / passage des Amphores, face au Café des Négociants. Le musée des Ursulines et le conservatoire ne seraient alors plus accessibles uniquement par la montée des trois têtes, depuis le centre-ville en contre-bas.

Le centre ville de Mâcon est caractérisé par un chapelet de places.

PRÉCISIONS HISTORIQUES

La ville de Mâcon est installée sur les berges de la Saône depuis l’antiquité. Au moyen-âge, elle était un point important de liaison entre les duchés de Bourgogne et de Savoie, grâce à la construction du pont Saint Laurent, dans l’alignement de la rue Philibert Laguiche. Ce pont reliant les deux berges de la Saône est toujours en place aujourd’hui.

Cette rue partageait alors la vieille ville Romaine au nord (située sur la colline de Mâcon) de la nouvelle ville au sud (Bourgneuf). La physionomie générale de la cité d’antan est sensiblement la même de nos jours. A noter également la présence de vestiges gallo-romains au niveau du passage des Amphores.

Composée d’un tissu urbain médiéval, le cœur de ville de Mâcon (au sud de la rue Philibert Laguiche) ne laissait que de rares respirations quand fut décidé, au cours du XIXe siècle, la création d’une Place du Marché aux Herbes grâce à la démolition des deux îlots qui occupaient la place actuelle, entre les rues commerçantes de la Filaterie et de la Tavernerie (façades sud et nord de l’actuelle place aux herbes).

Le site de projet occupe une partie de l’îlot situé entre la rue Philibert Laguiche et la place aux herbes. L’alignement des immeubles existants ne respecte pas l’implantation originelle que dessinait la rue Tavernerie et pourrait justifier une intervention selon de nouvelles dispositions urbaines.

Cartes historiques de la place aux Herbes.

CONTEXTE ARCHITECTURAL

La Place aux Herbes ayant été remaniée à maintes reprises et à des époques différentes, elle présente un front bâti hétéroclite. Animée de façades datant du XVe au XIXe siècle, les traces de l’histoire sont facilement perceptibles et donnent un grand intérêt architectural à la place. Outre la Maison de bois datée de la fin du XVe début du XVIe siècle et clairement identifiable, les immeubles de la place aux herbes se caractérisent par leur composition de façade. Ainsi, les linteaux en accolade et petits carreaux du XVe siècle côtoient aisément les corniches et chambranles moulurées, bandeaux ou encore arcs semi-circulaires de baies à grands carreaux du XVIIIe et du XIXe siècle. La disparité touche également le mobilier de façade tels que les occultations (persiennes bois repliées en façade, persiennes métalliques repliées en tableaux, store), ou les garde-corps (balustres, fer forgé…).

Une réelle harmonie se dégage toutefois de l’architecture de la place et ce, grâce aux gabarits des bâtis tous équivalents (dans une fourchette comprise entre 14 et 16 m de hauteur de façade) et aux proportions de percements, le plus souvent finement composés.

Les devantures sont quant à elles très similaires d’une boutique à une autre et présentent un aspect très conventionnel. Ainsi, les commerces sont identifiés principalement par la couleur des devantures en panneautages bois. A noter que les rez-de-chaussée sont le plus souvent noyés dans l’animation de la place (ce qui n’est pas le cas dans les rues alentour) par les parasols, arbres en pot et autres mobiliers.

Ce constat est équivalent sur la rue Philibert Laguiche. Elle évoque ainsi le riche héritage de la ville de Mâcon et de ses racines anciennes, comme en témoignent les maisons à pans de bois (datant probablement du XVIIIe siècle) aux numéros 36 et 38.

LE PROJET ARCHITECTURAL

Compte tenu des enjeux et de l’ampleur de l’opération sur le plan urbain, le projet envisage de redessiner l’îlot afin de dynamiser les qualités d’usage du cœur historique de Mâcon. Ainsi, s’appuyant sur les évolutions passées du quartier, une liaison entre la rue Philibert Laguiche et la place aux Herbes, dans l’axe passage des amphores / Maison de Bois, est créée.

Le nouvel itinéraire piéton reliant le musée des Ursulines, le portail Saint Vincent, le passage des Amphores et la Maison de Bois se termine alors par une dernière séquence ; la traversée de l’îlot Grand Bazar que l’on peut imaginer être intégrée au Tracé de la Plume, parcours patrimonial de la ville de Mâcon. A noter que la différence de niveau entre la rue Philibert Laguiche et la place aux Herbes permet à l’usager d’enrichir son parcours et de profiter d’un surplomb depuis la rue sur la place.

Sur le plan architectural, il est important de mentionner à nouveau que le contexte est clairement hétéroclite et que l’harmonie se dégageant de la place aux Herbes ne tient pas tant aux décors de façade qu’à leur composition et leur volumétrie. C’est ainsi que nous avons pris le parti d’une intégration douce dans le tissu existant, la création d’un nouveau passage étant selon nous déjà en confrontation suffisante avec le contexte. La sobriété des façades sur la place et sur la rue est donc un objectif en soi et cela explique la composition en travées de baies relativement comparables à celles relevées sur le voisinage. Les espaces extérieurs des logements, indispensables aux modes de vie contemporains et créant un produit immobilier nouveau sur Mâcon, donnent tous sur le cœur d’îlot afin de ne pas perturber les façades et de profiter de la quiétude du nouveau passage. Il en est de même pour les gabarits de façades (hauteur par rapport à la largeur). La volonté est de se limiter aux gabarits des avoisinants. Une façade nouvelle disproportionnée, trop longue par rapport à la hauteur imposée de 15 m, dans ce contexte viendrait en rupture avec notre recherche de créer une architecture qui pourrait toujours avoir été là. La recherche de cohérence du projet en termes d’insertion urbaine se situe également sur le traitement et les proportions des menuiseries bois dont la profondeur de tableau ne dépasse pas 16 cm et la création de toitures à pans (l’intégration des équipements techniques de toitures est donc idéale).

La dédensification engagée par le projet permet à la fois l’apport de lumière sur toute la profondeur du bâti, l’accompagnement des cheminements par de nouveaux linéaires commerciaux et la création d’un coeur végétal d’agrément. L’ouverture de l’îlot impose la création de deux bâtiments indépendants. Les accès piétons des immeubles de logements se situent rue Philibert Laguiche tandis que les véhicules accèdent aux stationnements semi-enterrés depuis la place aux Herbes. La déclivité du terrain (différence d’environ 1,80 m entre la place aux Herbes et la rue Philibert Laguiche) qui nous offre la possibilité de ne pas créer de sous-sol en profondeur, nous impose également la création d’emmarchements pour descendre du niveau haut rue Philibert Laguiche, au niveau bas, place aux Herbes. Tout en étant dans la continuité des escaliers du passage des Amphores, ceux proposés dans le projet sont plus espacés et se présentent en pas-d’âne.

La distribution des logements a été optimisée de manière à proposer un espace extérieur pour l’intégralité des logements et une double voire triple orientation et des agréments de vue profit tant de l’exceptionnel emplacement à Mâcon (dont des vues sur la place aux Herbes y compris pour les logements donnant rue Philibert Laguiche). Concernant l’immeuble réhabilité au 16 / 17 / 19 rue Philibert Laguiche, la création du passage permet d’ouvrir des baies sur sa façade Est et ainsi de proposer des logements bien plus qualitatifs que les existants.

L’opération a été pensée comme la création de deux immeubles indépendants, séparés par un passage d’une largeur comprise entre 5,20m et 7,50m. Ces deux immeubles R+4 disposent chacun d’une courette d’apport lumineux et de distribution. Nous avons envisagé la composition architecturale en référence aux immeubles alentours dont les étages sont souvent desservis par des coursives extérieures. Il s’agit d’une version urbaine de la galerie mâconnaise, à l’image de l’immeuble à proximité de l’église Saint-Pierre, rue des Minimes, dont les galeries sont visibles depuis la place Saint-Pierre.

Afin de préserver l’échelle des bâtiments mitoyens de la place aux Herbes et de la rue Philibert Laguiche, nous avons pris le parti de marquer un soubassement au rez-de-chaussée et de traiter les étages de commerces avec la modénature des baies de logements des étages supérieurs. Ainsi, les façades des nouveaux immeubles restent cohérentes avec le voisinage et ne marquent pas la rupture que pouvait imposer l’ancien bâtiment de Maisons du Monde.

Le projet prend place sur un site sensible de la ville, bien connu des Mâconnais. Afin de raccrocher le projet urbain à son histoire et de faire se rencontrer les déambulations d’antan avec celles de demain, nous proposons d’intituler l’opération Le Passage du Grand Bazar.

29 JANVIER 1977, les caisses du Grand bazar mâconnais vivent leurs dernières années d’effervescence commerciale avant l’arrivée de l’hypermarché Carrefour à Crêches

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